C’est une avancée majeure qui ouvre de nouvelles perspectives pour l’archéologie : pour la toute première fois, de l’ADN humain a été détecté et identifié sur les parois de grottes ornées du Paléolithique supérieur ! Cette découverte révolutionnaire, menée par une équipe de chercheurs espagnols, dont Robert Sala de l’IPHES-CERCA et Miquel Àngel Medina de l’Universitat de València, transforme notre compréhension des artistes préhistoriques et de leurs interactions avec ces lieux sacrés.
L’étude, publiée dans la revue Scientific Reports, s’est concentrée sur des sites emblématiques de Cantabrie, en Espagne : le complexe des grottes d’El Castillo (dont la fameuse grotte des Chimeneas) et la grotte de La Garma. Mais comment extraire de l’ADN d’une paroi rocheuse vieille de dizaines de milliers d’années ? La clé réside dans une méthode non invasive, qui a consisté à prélever des échantillons de sédiments des fissures, des micro-anfractuosités et des surfaces de calcite par simples frottis, là où les mains humaines ont pu laisser une trace.
Et les résultats sont stupéfiants : les chercheurs ont non seulement trouvé de l’ADN humain, mais ils ont pu identifier qu’il s’agissait d’ADN nucléaire (celui qui contient la majorité de l’information génétique d’un individu), et non seulement mitochondrial. Cela signifie qu’il est possible de déterminer le sexe de la personne ayant laissé son empreinte génétique !
Qui étaient ces artistes du Paléolithique ?
Les premières analyses ont déjà livré des informations fascinantes. Dans la grotte des Chimeneas, des traces d’ADN féminin ont été trouvées à côté de points rouges peints, tandis que dans la grotte d’El Castillo, de l’ADN masculin a été identifié à proximité de pigments noirs. Ces indices suggèrent une possible division du travail dans la création artistique ou une utilisation différenciée des espaces ou des techniques par les hommes et les femmes.
Cette découverte va bien au-delà de la simple identification des artistes. Elle permet d’envisager la possibilité de dater directement la présence de ces individus sur les sites, en associant les traces génétiques aux œuvres. On pourrait ainsi mieux comprendre qui fréquentait ces grottes, à quelles périodes, et peut-être même les liens de parenté entre les différentes personnes qui ont contribué à ces chefs-d’œuvre de l’humanité.
Un avenir prometteur pour l’archéologie
Les implications de cette technique sont immenses. Elle ouvre la voie à l’application de l’analyse d’ADN humain sur les parois de nombreuses autres grottes ornées à travers le monde, des Lascaux françaises aux sites australiens, en passant par les Amériques. Nous pourrions enfin donner un visage, ou du moins un genre et une lignée, à ces créateurs anonymes du passé, et ainsi enrichir considérablement notre connaissance des sociétés paléolithiques et de leurs pratiques culturelles et rituelles. Une nouvelle ère de « génétique archéologique des grottes » est née !