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Les Olmèques et le Mystère de l’Écriture : Une Pierre, Tant de Questions

Les Olmèques, souvent considérés comme la « civilisation mère » de la Mésoamérique, sont admirés pour leurs réalisations artistiques, leurs centres urbains et l’impact profond qu’ils ont eu sur les cultures ultérieures. Mais au-delà des têtes colossales et des autels monumentaux, un débat passionnant agite le monde de l’archéologie : les Olmèques ont-ils inventé l’écriture ? La découverte du bloc de Cascajal, une dalle de pierre énigmatique, a enflammé cette question, nous invitant à reconsidérer l’aube des systèmes d’écriture dans le Nouveau Monde.

La pierre qui a tout changé : le bloc de Cascajal

C’est en 1999, dans un chemin de carrière près de Veracruz au Mexique, que des ouvriers ont mis au jour une pierre serpentine d’environ 36 cm sur 21 cm, épaisse de 13 cm. Ce n’est qu’en 2006 que cette découverte a été rendue publique par les archéologues María del Carmen Rodríguez Martínez et Ponciano Ortiz Ceballos. Datée d’environ 900 av. J.-C., la « pierre de Cascajal » présente 62 signes ou glyphes incisés sur sa surface. Si l’interprétation de ces signes comme de l’écriture était avérée, cela en ferait le plus ancien témoignage d’écriture des Amériques, précédant les systèmes zapotèques et épi-olmèques de plusieurs siècles.

Les arguments pour l’écriture : un message venu du passé ?

Les chercheurs qui penchent pour l’hypothèse de l’écriture soulignent plusieurs points :

  • Des signes distincts : Le bloc contient 62 signes différents, certains se répétant jusqu’à quatre fois. Cette diversité et cette répétition sont des caractéristiques des systèmes d’écriture.
  • Une disposition organisée : Les glyphes sont arrangés horizontalement, en lignes, ce qui suggère un ordre et une intention de transmission d’informations.
  • Iconographie cohérente : Les symboles représentent des éléments familiers de la culture olmèque : insectes, épis de maïs, poissons, instruments, motifs de temples, etc., ce qui pourrait indiquer un vocabulaire visuel partagé.

Pour les partisans de cette théorie, la séquence ordonnée de ces symboles indique une forme de communication structurée, bien que son contenu reste indéchiffrable à ce jour.

Les arguments contre : un scepticisme tenace

Malgré l’enthousiasme, de nombreux experts appellent à la prudence et expriment un scepticisme profond quant à la nature scripturale du bloc de Cascajal :

  • Contexte archéologique incertain : La pierre n’a pas été découverte lors de fouilles stratigraphiques contrôlées, mais dans un tas de débris. Son association avec d’autres artefacts olmèques date bien la période, mais le contexte précis de sa création et de son usage reste flou.
  • Absence de syntaxe claire : Les critiques notent que la séquence de glyphes semble trop aléatoire et ne présente pas la répétition ou la structure grammaticale (syntaxe) que l’on attend d’un système d’écriture développé. Les signes pourraient être de simples « mots » isolés, des symboles rituels ou décoratifs, plutôt que des éléments d’un discours cohérent.
  • Singularité déroutante : L’absence d’autres exemples confirmés d’écriture olmèque est un argument majeur. Si les Olmèques avaient développé une écriture, il serait étrange qu’un seul artefact aussi unique ait survécu.
  • Interprétation des découvreurs : Les découvreurs du bloc ne sont pas des épigraphistes, ce qui soulève des questions sur l’interprétation initiale des glyphes.

Pour ces sceptiques, la pierre serait plus probablement un objet symbolique ou rituel complexe, une forme d’art ou de proto-écriture, plutôt qu’un système d’écriture à part entière.

Pourquoi ce débat est crucial ?

La controverse autour du bloc de Cascajal va bien au-delà de la simple classification d’un artefact. Elle touche à la définition même de l’écriture et à la chronologie des grandes innovations culturelles en Mésoamérique. Si l’écriture olmèque était confirmée, cela renforcerait considérablement le statut des Olmèques comme initiateurs de nombreuses traditions mésoaméricaines et modifierait notre compréhension du développement intellectuel de la région. En revanche, si la pierre n’est pas un système d’écriture, elle demeure un témoignage fascinant des pratiques symboliques complexes de cette civilisation, mais laisserait la primauté de l’écriture à d’autres cultures mésoaméricaines plus tardives.

Conclusion : l’énigme persiste

Le bloc de Cascajal reste une énigme captivante. Est-ce le premier livre de la Mésoamérique, une simple liste de symboles, ou un artefact rituel complexe dont la signification nous échappe encore ? Le débat continue d’alimenter la recherche et la réflexion, rappelant que l’histoire, et l’archéologie en particulier, est une science en constante évolution, où chaque nouvelle pierre peut jeter une ombre nouvelle sur nos certitudes les mieux établies. Les Olmèques continuent de nous interroger, bien des millénaires après leur apogée.


Auteur/autrice

marcpm@gmail.con

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