L’Assurance Maladie alerte sur l’envolée des dépenses de médicaments innovants : un défi pour la pérennité du système
L’Assurance Maladie tire la sonnette d’alarme. Lors de la présentation de ses comptes pour 2024, prévoyant un déficit de 11,5 milliards d’euros, elle a mis en lumière un point d’inquiétude majeur : la croissance fulgurante des dépenses liées aux médicaments, en particulier les traitements innovants. Cette tendance met en péril l’équilibre financier du système de santé français.
Une facture qui ne cesse de grimper
En 2023, la dépense totale de l’Assurance Maladie pour les médicaments a atteint 30,7 milliards d’euros, marquant une augmentation de 3,8% sur l’année. Si les dépenses en médicaments de ville ont affiché une croissance plus modérée de 0,6% (15,3 milliards d’euros), c’est la facture des médicaments hospitaliers qui inquiète, avec une hausse spectaculaire de 7,2%, atteignant 15,4 milliards d’euros.
Les traitements innovants : un poids croissant
Le principal moteur de cette envolée est l’arrivée sur le marché de médicaments innovants, souvent très chers, destinés notamment à l’oncologie, l’immunologie et les maladies rares. Bien que ces traitements ne représentent qu’une faible proportion des prescriptions, leur coût unitaire est tel qu’ils pèsent de plus en plus lourd sur le budget. Thomas Fatôme, directeur général de l’Assurance Maladie, souligne que la part des médicaments innovants dans les dépenses hospitalières est passée de 20% à 30% en seulement deux ans et pourrait atteindre 50% d’ici 2027.
Parmi les exemples les plus frappants, le médicament Kaftrio, contre la mucoviscidose, a coûté à lui seul 491 millions d’euros en 2023. D’autres traitements coûteux comme le Spinraza, le Zolgensma (une thérapie génique dont le coût peut dépasser le million d’euros par patient), le Luxturna ou encore l’anticancéreux Enhertu, contribuent massivement à cette dépense.
L’appel à une action européenne concertée
Face à cette situation, l’Assurance Maladie juge cette trajectoire insoutenable et appelle à une réforme des modalités de fixation des prix. La solution passerait par une négociation européenne concertée. Thomas Fatôme insiste sur la nécessité pour les États membres de faire preuve de « solidarité » pour ne pas être contraints d’accepter des prix imposés par l’industrie pharmaceutique. Il s’agit d’une question de « choix de société » pour garantir la pérennité de l’accès aux soins.
La position de l’industrie pharmaceutique
Du côté des Entreprises du Médicament (Leem), on rappelle que la France affiche déjà des prix de médicaments parmi les plus bas d’Europe et qu’elle est le quatrième contributeur européen à l’innovation en matière de Recherche & Développement. L’industrie souligne l’équilibre délicat à maintenir entre encourager la recherche et garantir l’accès aux traitements pour les patients.
Un défi pour l’avenir de notre système de santé
L’explosion des dépenses liées aux médicaments innovants est un enjeu majeur pour l’avenir du système de santé français. Sans une révision profonde des mécanismes de négociation et une solidarité européenne accrue, l’Assurance Maladie met en garde contre le risque de ne plus pouvoir garantir un accès universel et équitable à ces avancées thérapeutiques, pourtant essentielles pour de nombreux patients.