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La question des pesticides et de leurs impacts sur la santé publique est au cœur de vifs débats, notamment en France avec la législation encadrant leur usage et la récente réautorisation de certaines substances. L’article de Sciences et Avenir met en lumière les enjeux autour de la loi Duflot (ou ALUR) et le retour des néonicotinoïdes, s’interrogeant sur les risques sanitaires pour les riverains.

Les Néonicotinoïdes : Un Retour Controversé

Connus pour leur toxicité neurotoxique, les néonicotinoïdes avaient été bannis en France en 2018 pour la plupart des usages, notamment en raison de leurs effets dévastateurs sur les populations d’abeilles. Cependant, face à l’urgence de la « jaunisse » de la betterave, une maladie virale transmise par les pucerons menaçant la filière sucrière, le gouvernement a autorisé leur retour temporaire pour une durée de trois ans. Cette décision, bien que justifiée par des impératifs économiques, est fortement critiquée par les associations environnementales et de santé publique.

Des Risques avérés pour la Santé Humaine

L’inquiétude majeure concerne les effets des néonicotinoïdes sur la santé humaine, en particulier pour les populations vulnérables comme les enfants et les femmes enceintes. Plusieurs études ont mis en évidence un lien entre l’exposition à ces substances et des troubles du neurodéveloppement chez les enfants : baisse du QI, troubles de l’attention, hyperactivité, et même une augmentation du risque de troubles du spectre autistique. L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) reconnaît ces risques, soulignant leur génotoxicité (capacité à altérer l’ADN) et leurs propriétés de perturbateurs endocriniens.

La Loi Duflot/ALUR et ses Limites

Pour tenter de protéger les riverains, la loi Duflot de 2014, complétée par la loi ALUR, a instauré des « zones de non-traitement » (ZNT) autour des habitations. Ces distances minimales varient selon les cultures et les substances : 5 mètres pour l’arboriculture, 10 mètres pour les grandes cultures utilisant des substances classées CMR (cancérogènes, mutagènes, reprotoxiques), et 20 mètres pour les autres produits. Ces distances sont souvent définies localement via des chartes de bonnes pratiques, ou par des arrêtés ministériels basés sur les avis de l’ANSES.

Cependant, ces ZNT sont jugées largement insuffisantes par de nombreuses voix. Les associations comme Générations Futures et Pesticide Action Network (PAN France) estiment que des distances de 5 à 10 mètres ne garantissent pas une protection adéquate, surtout en cas de vent ou de dérive de pulvérisation. Elles plaident pour des distances uniformes et bien plus importantes, allant de 50 à 150 mètres pour la plupart des pesticides, et jusqu’à 200 mètres pour les substances les plus dangereuses.

Un Pas en Arrière pour l’Agroécologie ?

La réautorisation des néonicotinoïdes est perçue comme un frein aux efforts d’agroécologie et à la recherche d’alternatives durables. Des solutions existent, comme la sélection de variétés de betteraves résistantes, l’utilisation de biocontrôle ou de pratiques culturales différentes. Le retour de ces substances, même temporaire, risque de ralentir la transition agricole et de renforcer la dépendance aux produits phytosanitaires de synthèse.

Que Retenir ?

Si l’intention de protéger les riverains est louable, la législation actuelle semble lacunaire face à la réalité des risques sanitaires. La réautorisation des néonicotinoïdes, dans ce contexte, soulève des questions fondamentales sur la hiérarchie des priorités entre impératifs économiques et santé publique. Il est urgent d’appliquer le principe de précaution avec davantage de rigueur et d’accélérer la transition vers des pratiques agricoles respectueuses de l’environnement et de la santé de tous.


Auteur/autrice

marcpm@gmail.con

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