L’Agriculture Biologique Française Confrontée à un Déclin Inédit en 2023
Pour la première fois depuis son essor, le nombre d’exploitations agricoles biologiques a chuté en France en 2023. C’est un signal d’alarme pour un secteur en pleine mutation, qui a vu 2,2% de ses fermes disparaître, malgré une légère progression des surfaces. Cette situation inédite soulève des questions quant à l’avenir de la filière.
Un Revers Historique pour les Fermes Bio
L’année 2023 marque un tournant significatif pour l’agriculture biologique française. Les données de l’Agence Bio révèlent que le pays comptait 58 521 fermes bio fin 2023, soit 1 362 de moins qu’en 2022. Ce recul de 2,2% est d’autant plus préoccupant qu’il est le premier enregistré depuis le développement de l’agriculture biologique.
Cette baisse s’explique par plusieurs dynamiques: une diminution drastique des conversions à l’agriculture biologique (-21% par rapport à 2022) et une augmentation inquiétante des déconversions (+13%), avec près de 4 800 fermes abandonnant leur certification biologique. Les secteurs les plus touchés par ce phénomène sont les grandes cultures (céréales, oléagineux, protéagineux) ainsi que l’élevage bovin, tant pour le lait que pour la viande.
Le Paradoxe des Surfaces
Malgré la diminution du nombre d’exploitations, la surface agricole utile (SAU) cultivée en bio a continué de progresser, atteignant 2,79 millions d’hectares, soit une augmentation de 2,4%. Cependant, ce rythme de croissance est le plus faible enregistré depuis quinze ans. Ce paradoxe s’explique principalement par la taille croissante des fermes bio restantes et la finalisation de certaines conversions entamées avant la période de crise. La part de la SAU bio s’élève désormais à 10,7% du total, se rapprochant ainsi de l’objectif gouvernemental de 18% d’ici 2027.
Les Causes Profondes de la Crise
Plusieurs facteurs convergent pour expliquer cette période difficile traversée par l’agriculture biologique :
- Contexte économique défavorable : L’inflation généralisée, la hausse des coûts de production et la diminution du pouvoir d’achat des consommateurs ont fortement impacté la demande de produits bio, perçus comme plus chers.
- Concurrence accrue : La déréglementation et l’importation de produits dits « faussement bio » (ne répondant pas toujours aux mêmes standards de contrôle rigoureux) ont déséquilibré le marché.
- Manque de soutien public : Le passage à la nouvelle Politique Agricole Commune (PAC) s’est traduit par des incertitudes et un retard dans le versement de certaines aides, fragilisant encore plus les exploitations.
- Baisse de la consommation : La consommation de produits biologiques a chuté de 4,6% en 2023, poussant de nombreux acteurs à réduire la voilure ou à se déconvertir.
Quel Avenir pour l’Agriculture Biologique ?
L’Agence Bio anticipe une année 2024 encore compliquée, mais espère une embellie à partir de 2025. Cette reprise potentielle repose sur une meilleure reconnaissance des services environnementaux rendus par le bio, un renforcement des aides publiques et une relance de la consommation. Des mesures ciblées, comme le soutien à la filière bio dans la restauration collective, pourraient également jouer un rôle crucial pour redynamiser le secteur et assurer sa pérennité face aux défis actuels. Le maintien et le développement de l’agriculture biologique restent essentiels pour la transition écologique et la santé publique.