Non, il n’y a pas de déserts infirmiers en France : brisons le mythe !
L’expression « désert médical » est désormais bien ancrée dans le langage courant pour décrire le manque de médecins dans certaines régions. Par analogie, on pourrait croire que la France souffre également de « déserts infirmiers ». Pourtant, une étude récente et l’analyse de spécialistes viennent tordre le cou à cette idée reçue : non, il n’y a pas de pénurie d’infirmiers en France, du moins pas au sens où on l’entend communément. Le problème est ailleurs.
La France, championne d’Europe des infirmiers ?
Contrairement à la perception générale, la France dispose d’une densité d’infirmiers parmi les plus élevées d’Europe. En 2022, on comptait 11,5 infirmiers pour 1000 habitants, contre une moyenne européenne de 9,5. C’est plus qu’en Allemagne, au Royaume-Uni ou en Italie ! Le nombre d’étudiants formés chaque année est également conséquent, avec plus de 30 000 diplômés. L’idée d’un manque criant de professionnels semble donc erronée si l’on se fie aux chiffres globaux.
La vraie problématique : une mauvaise répartition et des conditions de travail difficiles
Si ce n’est pas un désert, alors quel est le problème ? Le cœur du sujet réside dans deux facteurs majeurs :
- La répartition géographique et sectorielle : Les infirmiers sont très concentrés dans les établissements hospitaliers (70% d’entre eux) et dans les zones urbaines. Les zones rurales ou les EHPAD, par exemple, peinent davantage à recruter. Mais il ne s’agit pas d’un manque général, plutôt d’une inadéquation entre l’offre et les besoins spécifiques de certains territoires ou structures.
- L’attrition et les conditions de travail : Un nombre alarmant d’infirmiers quittent la profession après seulement quelques années d’exercice. Le Dr Nicolas Leboullenger, médecin de santé publique et maître de conférences associé, souligne que la France a un taux de rétention des infirmiers très faible. La raison ? Des salaires peu attractifs, une charge de travail trop lourde, le stress, le manque de reconnaissance, et des horaires contraignants conduisent au burnout. Il est plus facile de quitter la profession que de changer d’orientation ou de s’installer dans une zone peu attractive sans amélioration des conditions.
Faut-il former plus d’infirmiers ? Pas si simple…
La solution ne passe donc pas uniquement par une augmentation du nombre de formations. Augmenter le « robinet » sans s’attaquer aux causes profondes de l’attrition reviendrait à jeter de l’eau dans un panier percé. La priorité devrait être de rendre la profession plus attractive, de valoriser le rôle des infirmiers, d’améliorer leurs conditions de travail et leurs rémunérations. C’est en fidélisant les professionnels déjà formés et en les encourageant à rester dans le métier que l’on pourra mieux répondre aux besoins de santé de la population, y compris dans les zones sous-dotées.
En somme, la France n’est pas un « désert infirmier », mais plutôt un territoire où les infirmiers sont mal répartis et, surtout, où les conditions d’exercice poussent trop de talents à abandonner. Il est temps de changer de paradigme et de se concentrer sur la rétention et la valorisation de cette profession essentielle.