TotalEnergies Face à la Justice : Un Procès Climatique Historique à Paris
Le géant français TotalEnergies se retrouve au cœur d’un bras de fer judiciaire d’une importance capitale. À Paris, le Tribunal judiciaire a commencé à examiner une action en justice intentée par un consortium de 16 associations environnementales et de droits humains, dont Notre Affaire à Tous, Sherpa et France Nature Environnement. Ce procès, qualifié de « David contre Goliath », est le premier du genre basé sur la loi française sur le devoir de vigilance des entreprises et pourrait bien redéfinir la responsabilité climatique des multinationales.
Les Accusations des ONG : Manquement au Devoir de Vigilance et « Greenwashing »
Les plaignants accusent TotalEnergies de ne pas respecter ses engagements climatiques et de ne pas agir suffisamment pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre, pourtant une obligation légale. Au cœur de la discorde se trouve le « plan de vigilance » du groupe, jugé insuffisant et non conforme aux objectifs de l’Accord de Paris visant à limiter le réchauffement climatique à 1,5°C.
- Objectifs de réduction illusoires : Les ONG estiment que les cibles de réduction d’émissions de TotalEnergies pour 2030 sont insuffisantes et ne couvrent pas l’intégralité de ses émissions, notamment celles de « scope 3 » (émissions indirectes liées à l’utilisation des produits vendus).
- Investissements controversés : Elles pointent du doigt les investissements continus de l’entreprise dans de nouveaux projets d’énergies fossiles (pétrole et gaz), qui contredisent, selon elles, l’ambition d’une transition énergétique réelle.
- Allégations de « greenwashing » : Les associations dénoncent une communication environnementale trompeuse de la part de TotalEnergies, qui mettrait en avant ses efforts dans les énergies renouvelables tout en minimisant l’impact de ses activités fossiles.
La Loi sur le Devoir de Vigilance : Une Arme Juridique
Adoptée en 2017, cette loi pionnière en France impose aux grandes entreprises de mettre en place un plan de vigilance pour identifier et prévenir les risques d’atteintes aux droits humains et à l’environnement, tant dans leurs propres opérations que dans celles de leurs filiales, sous-traitants et fournisseurs. C’est sur ce fondement juridique que les associations cherchent à obliger TotalEnergies à revoir en profondeur son plan et à justifier de mesures concrètes et ambitieuses.
La Défense de TotalEnergies
De son côté, TotalEnergies rejette les accusations, affirmant que ses objectifs sont ambitieux, certifiés par des tiers et alignés sur une stratégie de transition énergétique progressive. Le groupe met en avant ses investissements massifs dans les énergies renouvelables et son ambition de diversification.
Les Enjeux d’un Procès Historique
Ce procès dépasse le simple cas de TotalEnergies. Il porte en lui des enjeux majeurs pour l’avenir de la responsabilité climatique des entreprises :
- Précédent juridique : La décision du tribunal pourrait créer un précédent important pour d’autres actions en justice climatiques et influencer la manière dont les entreprises sont tenues responsables de leur empreinte environnementale.
- Transparence et vérification : Le procès soulève la question de la vérifiabilité des engagements climatiques des entreprises et la nécessité d’une plus grande transparence sur leurs plans d’action réels.
- Pression sur le secteur : Un jugement en faveur des ONG enverrait un signal fort à l’ensemble du secteur des énergies fossiles, l’incitant à accélérer sa transition et à s’adapter aux impératifs climatiques.
Bien que cette première audience ait principalement porté sur des aspects procéduraux, le fond du débat s’annonce intense. Le monde entier aura les yeux rivés sur ce procès qui pourrait marquer un tournant dans la lutte contre le changement climatique et la reconnaissance de la responsabilité des entreprises face à l’urgence environnementale.