L’Indonésie face au dilemme du charbon : Suralaya, un frein à la transition énergétique ?

L’Indonésie, vaste archipel et acteur clé de l’énergie en Asie du Sud-Est, se trouve à la croisée des chemins en matière de transition énergétique. Alors qu’elle bénéficie d’un soutien international substantiel pour décarboner son économie, la réalité sur le terrain, notamment avec le maintien et l’expansion de la centrale à charbon de Suralaya, soulève de sérieuses questions sur l’engagement du pays.
Suralaya : Un géant controversé
La centrale de Suralaya, l’une des plus grandes d’Asie du Sud-Est, est devenue le symbole des défis complexes que rencontre l’Indonésie. Malgré un accord de Partenariat pour une Transition Énergétique Juste (JETP) de 20 milliards de dollars avec des nations riches (incluant les États-Unis), visant à accélérer l’abandon du charbon, la centrale continue de fonctionner et même de s’étendre.
Deux nouvelles unités (9 et 10) sont en cours de construction, et des travaux de maintenance sont effectués sur les unités existantes. Cela signifie que Suralaya pourrait rester opérationnelle bien au-delà de 2030, date cible pour l’arrêt progressif du charbon selon les termes du JETP. Cette situation est une source de frustration pour les observateurs et les ONG environnementales.
Entre sécurité énergétique et engagements climatiques
Le gouvernement indonésien et la compagnie d’électricité d’État (PLN) justifient le maintien du charbon par des impératifs de sécurité énergétique, le coût élevé de l’abandon précoce des infrastructures et l’importance du charbon pour l’économie et l’emploi. Ils soulignent la complexité de démanteler des centrales avant la fin de leur durée de vie contractuelle et de les remplacer par des énergies renouvelables à grande échelle.
Cependant, les critiques sont vives. Des organisations comme Greenpeace dénoncent un « double discours », où les engagements internationaux contrastent fortement avec les actions concrètes sur le terrain. Les émissions de CO2 de Suralaya sont colossales, contribuant significativement au réchauffement climatique et à la pollution locale, avec des impacts sanitaires avérés pour les populations environnantes.
L’opacité et le besoin de transparence
Le flou autour des plans réels pour Suralaya et d’autres centrales à charbon est également une préoccupation majeure. Le manque de transparence sur les échéanciers de fermeture et les modalités de la transition entrave la confiance et la bonne mise en œuvre du JETP. Il est crucial que l’Indonésie et ses partenaires clarifient les stratégies et les investissements pour prouver leur engagement envers un avenir énergétique plus propre.
En somme, le cas de Suralaya met en lumière la tension constante entre les besoins immédiats d’un pays en développement et les impératifs mondiaux de lutte contre le changement climatique. La réussite de la transition énergétique indonésienne dépendra de sa capacité à surmonter ces défis, à tenir ses engagements et à embrasser pleinement les énergies renouvelables.