Quand l’Europe Coloniale Volait l’Histoire des Peuples : Le Mythe de la « Tribu sans Histoire »
Pendant des siècles, les puissances coloniales européennes ont délibérément dénié toute histoire et toute ascendance aux peuples qu’elles asservissaient. Cette stratégie n’était pas fortuite ; elle constituait un puissant outil de domination, visant à justifier l’exploitation et la « mission civilisatrice » en présentant les colonisés comme des « tribus » primitives, sans passé complexe, sans grandes civilisations ni liens ancestraux profonds.
L’idéologie coloniale a systématiquement relégué les sociétés africaines, asiatiques ou amérindiennes à un état de stagnation préhistorique, niant toute évolution, toute innovation et toute complexité sociale. L’historien François-Xavier Fauvelle, par exemple, souligne l’absurdité du « paradoxe africain » : un continent regorgeant de sites archéologiques et de vestiges d’un passé riche, mais longtemps considéré par les Européens comme une terre « sans histoire », peuplée de sociétés figées dans le temps.
Pour imposer cette vision réductrice, les colonisateurs ont employé diverses méthodes. Ils ont dévalorisé les traditions orales, pourtant riches et précises, les opposant à l’écriture comme seule preuve « valide » d’une histoire. Les grandes réalisations architecturales ou les infrastructures complexes, comme le Grand Zimbabwe, étaient souvent attribuées à des bâtisseurs étrangers (Phéniciens, Arabes, etc.) plutôt qu’aux populations locales, afin de priver ces dernières de leur héritage et de leur génie propre. Ce faisant, ils ont effacé la diversité des cultures et des organisations politiques précoloniales, les fusionnant sous le terme générique et dépréciatif de « tribus ».
Cette amputation volontaire de l’histoire a eu des conséquences profondes et durables sur l’identité des peuples colonisés. Elle a contribué à créer un sentiment d’infériorité et à détruire les cadres de référence culturels. Aujourd’hui, le travail de décolonisation des savoirs et de l’histoire est plus que jamais essentiel. L’archéologie et l’anthropologie contemporaines jouent un rôle crucial en mettant au jour la richesse et la complexité des civilisations précoloniales, comme les manuscrits de Tombouctou ou les vestiges d’empires puissants, et en redonnant aux peuples leur légitime place dans l’histoire universelle. Reconnaître ces passés est un acte de justice mémorielle et une étape indispensable vers une compréhension plus juste et complète de l’humanité.