Stratégie Nationale Alimentation Climat : Un Pas en Avant, Deux Pas en Arrière ?
Après deux ans d’attente et de report, le gouvernement français a enfin dévoilé sa « Stratégie Nationale sur l’Alimentation et le Climat » (SNAC). Ce document est censé marquer un tournant en liant étroitement les enjeux de notre assiette à ceux du climat, succédant ainsi au Plan National Nutrition Santé (PNNS) et au Plan National pour l’Alimentation (PNA).
Cependant, l’accueil est loin d’être chaleureux. De nombreuses organisations environnementales et de santé, telles que le WWF, Greenpeace, le Réseau Action Climat ou la Fondation pour la Nature et l’Homme, ont rapidement qualifié cette stratégie de « trop timide » et « insuffisamment ambitieuse » face à l’urgence climatique et aux défis sanitaires.
Les Ambitions Affichées de la SNAC
La SNAC se donne pour objectif principal d’atteindre une « souveraineté alimentaire durable », promouvant ainsi une alimentation plus saine et respectueuse de l’environnement. Parmi les cibles mises en avant, on retrouve :
- Une réduction de 50% du gaspillage alimentaire d’ici 2030 (par rapport à 2015).
- L’augmentation de la surface agricole utile en agriculture biologique à 18% d’ici 2027.
- Une diminution de 50% de l’utilisation des pesticides d’ici 2030.
- Le développement de la consommation de protéines végétales.
Un Texte Jugé « Timide » et Manquant de Substance
Malgré ces intentions louables, la critique principale formulée par les associations est unanime : la SNAC est perçue comme une simple déclaration d’intention, dépourvue de mesures concrètes, contraignantes et chiffrées. Elle est décrite davantage comme une « vision » que comme une véritable « stratégie opérationnelle ».
Plusieurs points de discorde majeurs ressortent :
- Manque d’ambition flagrant : L’objectif de 18% de bio est jugé faible, notamment au regard des précédentes ambitions gouvernementales. De même, la question cruciale de la réduction de la consommation de viande, pourtant essentielle pour réduire notre empreinte carbone, est abordée de manière très évasive, sans objectifs chiffrés clairs.
- Absence de moyens et de financements : Le document ne prévoit ni un budget dédié ni un plan d’action détaillé pour la mise en œuvre de ses objectifs, soulevant des doutes sérieux sur sa capacité à se traduire en actions réelles sur le terrain.
- Un retard coûteux : La publication tardive de la stratégie, initialement prévue pour 2022, a fait perdre un temps précieux et urgent dans la transition écologique et alimentaire de la France.
Une Opportunité Manquée pour la Transition ?
Pour les associations, la SNAC représente une occasion manquée de transformer en profondeur notre système alimentaire. Elles dénoncent un texte qui « ne se donne pas les moyens de ses ambitions » et qui manque cruellement de « force politique ». Le risque est grand de voir cette stratégie rester lettre morte sans une volonté politique forte et des investissements significatifs pour la mettre en œuvre.
Conclusion
Si l’intention de lier alimentation et climat est un pas dans la bonne direction, la première version de la Stratégie Nationale sur l’Alimentation et le Climat semble souffrir d’une fragilité structurelle et d’un manque d’audace. Face à l’urgence climatique et aux impératifs de santé publique, la France se doit de faire preuve de bien plus de détermination. La balle est désormais dans le camp du gouvernement pour enrichir et muscler cette stratégie, afin qu’elle ne rejoigne pas la longue liste des bonnes intentions non suivies d’effets.