Stellantis Relance le Diesel en Europe : Pragmatisme ou Recul Stratégique face à l’Électrique ?
L’industrie automobile européenne est en pleine mutation, poussée par l’électrification et les normes environnementales. Pourtant, une nouvelle étonnante nous vient de Stellantis : le géant automobile réintroduit des motorisations diesel sur ses véhicules utilitaires légers (VUL) en Europe, les plaçant aux côtés de leurs homologues électriques. Alors, comment expliquer ce revirement apparent dans la stratégie du groupe ?
La Demande des Professionnels : Le Facteur Clé
La raison principale de cette décision est simple : la demande persistante et pressante des professionnels. Pour de nombreux artisans, petites et moyennes entreprises (PME) et transporteurs, les véhicules utilitaires électriques (VUL électriques) ne répondent pas encore pleinement à leurs besoins opérationnels. Les contraintes sont multiples :
- Autonomie limitée : Les longs trajets quotidiens sont difficiles à concilier avec l’autonomie actuelle des batteries.
- Temps de recharge : Les arrêts prolongés pour la recharge impactent directement la productivité.
- Capacité de charge et de remorquage : Les versions électriques peuvent parfois offrir une charge utile ou une capacité de remorquage inférieure.
- Coût d’acquisition : Le prix d’achat initial des VUL électriques reste plus élevé, un frein pour de nombreuses entreprises.
Pour ces professionnels, le diesel reste une solution fiable, endurante et souvent plus économique sur le long terme pour les usages intensifs, les longues distances et le transport de charges lourdes.
Un Contexte Réglementaire Plus Flexible que Prévu
Cette décision n’aurait pas été possible sans un assouplissement inattendu des normes environnementales européennes. Initialement très stricte, la norme Euro 7 a été révisée à la baisse, offrant une fenêtre d’opportunité aux constructeurs. Concrètement, cela permet la vente de véhicules diesel répondant à la norme Euro 6E actuelle jusqu’à l’application complète des nouvelles réglementations, désormais prévue pour 2027 ou 2028.
De plus, les objectifs de réduction des émissions de CO2 fixés pour 2025 sont calculés sur l’ensemble de la gamme de véhicules d’un constructeur. Cette approche globale offre à Stellantis une flexibilité précieuse pour mixer les énergies, permettant ainsi de proposer des véhicules thermiques tout en respectant les moyennes d’émissions grâce à la vente de modèles électriques.
Quels Véhicules sont Concernés ?
Concrètement, cette réintroduction du diesel concernera les modèles phares de VUL du groupe. Le Peugeot Boxer, le Citroën Jumper, le Fiat Ducato et l’Opel Movano seront de nouveau proposés avec des moteurs diesel 2.2L BlueHDi de 120 ou 140 chevaux. Ces options diesel seront disponibles en parallèle de leurs versions 100% électriques.
Stellantis tient à souligner que cette démarche ne remet pas en question son engagement ferme envers l’électrification. Il s’agit plutôt d’une reconnaissance de la nécessité d’offrir des solutions multi-énergies pour s’adapter aux diverses exigences de sa clientèle professionnelle pendant cette période de transition énergétique complexe.
Conclusion : Un Pragmatisme Nécessaire ?
Cette stratégie de Stellantis illustre parfaitement les défis complexes de la transition énergétique, particulièrement dans le secteur des véhicules utilitaires. Plutôt qu’un recul stratégique, il s’agit d’une approche résolument pragmatique, reconnaissant que l’électrique n’est pas encore la panacée universelle pour tous les usages professionnels.
En offrant le choix entre diesel et électrique, Stellantis cherche à accompagner au mieux ses clients, leur permettant de choisir la motorisation la plus adaptée à leurs contraintes opérationnelles, en attendant que les technologies et infrastructures électriques mûrissent pleinement pour répondre à l’intégralité des besoins. Une démarche qui pourrait inspirer d’autres constructeurs à adopter une vision plus flexible et réaliste de l’avenir de la mobilité professionnelle.