La gestion de l’eau : quand les collectivités reprennent la main sur un bien précieux
L’eau, cette ressource essentielle à la vie, est au cœur d’une transformation majeure en France. De plus en plus de collectivités locales choisissent de reprendre en main la gestion de leur service d’eau potable et d’assainissement, mettant fin à des décennies de concessions privées. Cette tendance, souvent qualifiée de « remunicipalisation », marque un retour au service public direct pour la distribution de notre bien le plus précieux.
Un tournant national pour l’eau publique
Le mouvement est significatif et s’accélère. Alors que de nombreux contrats de concession avec des géants privés arrivaient à leur terme, les élus locaux optent majoritairement pour la « régie directe ». Cela signifie que la collectivité gère elle-même l’ensemble du service, de la production à la distribution, en passant par l’entretien des réseaux. Des villes emblématiques comme Paris (avec Eau de Paris), Grenoble (via le SMGSEAU) ou encore Lyon (avec la régie du Grand Lyon) ont déjà franchi le pas, démontrant la faisabilité et les bénéfices de cette approche.
Pourquoi ce retour au public ?
Plusieurs motivations animent cette décision politique forte :
- Maîtrise et transparence : Les collectivités souhaitent un contrôle accru sur les prix facturés aux usagers, la qualité de l’eau, et les investissements réalisés dans les infrastructures. L’objectif est de garantir une totale transparence sur les coûts et le fonctionnement du service.
- La mission de service public : L’eau est considérée comme un bien commun et un droit fondamental. Sa gestion directe permet de réaffirmer sa vocation de service public, loin des impératifs de rentabilité des entreprises privées.
- Face aux défis climatiques : Les épisodes de sécheresse et les enjeux liés au changement climatique exigent une gestion de l’eau plus agile, réactive et orientée vers l’intérêt général. La régie directe est perçue comme un levier pour mieux anticiper et s’adapter à ces nouvelles contraintes.
- Des tarifs plus justes : Souvent, la reprise en régie s’accompagne d’une baisse des tarifs ou d’une stabilisation durable, les bénéfices étant réinvestis directement dans le service ou le réseau, plutôt que de rémunérer des actionnaires.
- Renforcement de l’investissement : Les audits des réseaux révèlent souvent un déficit d’investissement chronique. La gestion publique permet de prioriser les travaux de rénovation et d’entretien, essentiels pour lutter contre les fuites et améliorer la qualité du service sur le long terme.
Un pari sur l’avenir
Si la transition vers la régie directe demande un investissement initial en personnel et en structuration, les bénéfices à long terme sont jugés supérieurs. Ce modèle offre une plus grande flexibilité pour adapter la politique de l’eau aux spécificités territoriales et aux défis environnementaux croissants. En reprenant la main, les collectivités affirment une volonté forte de garantir l’accès à une eau de qualité, à un prix juste, pour tous leurs citoyens, faisant de l’eau un véritable pilier de leur souveraineté locale.