Santé publique France : Quel avenir pour notre agence de santé publique ?
Une réforme en cours au sein de Santé publique France (SPF) suscite de vives inquiétudes parmi les professionnels de la santé, les syndicats et les parlementaires. Le gouvernement français envisage un « recentrage » de l’agence, une initiative qui, si elle se veut clarificatrice, pourrait paradoxalement affaiblir notre système de santé publique.
Un recentrage des missions : qu’est-ce qui est prévu ?
L’objectif affiché par le gouvernement serait de ramener SPF à ses « missions cœur de métier » : la surveillance épidémiologique et la prévention pure. Concrètement, cela signifierait que des activités jugées plus « opérationnelles » ou de « communication » – comme les campagnes de vaccination ou la production de supports de prévention – seraient transférées vers la Direction Générale de la Santé (DGS) ou d’autres entités du ministère.
Pourquoi cette réforme inquiète-t-elle ?
Les critiques et craintes soulevées sont multiples :
- Perte d’indépendance scientifique : Le principal reproche est le risque de voir SPF perdre son autonomie et son expertise scientifique, en devenant un simple bras armé du ministère. Après la crise du Covid-19, où l’indépendance et la réactivité de SPF ont été cruciales, ce risque est jugé particulièrement préoccupant.
- Fragmenter l’action publique : La séparation entre conception (SPF) et exécution (DGS/Ministère) pourrait complexifier et ralentir la mise en œuvre des stratégies de santé publique, pourtant conçues pour être intégrées et agiles.
- Affaiblissement des compétences : Le transfert d’activités pourrait entraîner une dilution des compétences au sein de SPF, rendant l’agence moins efficace pour faire face à de futures crises sanitaires.
- Manque de transparence : La méthode employée, jugée opaque et manquant de consultation des parties prenantes, alimente la suspicion et le sentiment d’un passage en force.
- Risque de politisation : L’intégration des missions de SPF au sein du ministère pourrait ouvrir la porte à une plus grande influence politique sur des décisions qui devraient avant tout reposer sur des bases scientifiques.
Le rôle crucial de Santé publique France
Créée en 2016, Santé publique France est l’agence nationale de santé publique française. Elle regroupe plusieurs agences préexistantes pour une approche plus globale et intégrée. Ses missions sont essentielles :
- Surveillance et observation de l’état de santé de la population.
- Anticipation et réponse aux menaces sanitaires.
- Promotion de la santé et réduction des inégalités de santé.
- Recherche et expertise scientifique.
Son modèle actuel, combinant expertise scientifique et capacité opérationnelle, est souvent cité en exemple pour sa robustesse et sa réactivité, notamment durant la pandémie de Covid-19.
Quelles sont les implications pour l’avenir ?
Cette réorganisation, si elle venait à être mise en œuvre telle quelle, pourrait avoir des conséquences profondes sur la capacité de la France à protéger et à améliorer la santé de sa population. Les professionnels et les observateurs appellent à un débat public approfondi et à une évaluation rigoureuse de l’impact de ces changements, pour garantir que l’efficacité et l’indépendance de Santé publique France soient préservées.
L’enjeu est de taille : il s’agit ni plus ni moins de l’avenir de notre politique de santé publique et de notre capacité collective à faire face aux défis sanitaires de demain.