Pyrénées : la population d’ours continue de croître, mais l’urgence est à la diversité génétique !
Les dernières données du Réseau Ours Brun confirment une nouvelle encourageante pour la présence de l’ours brun dans les Pyrénées : la population continue de croître, atteignant un nouveau record en 2023. Cependant, ce succès démographique est accompagné d’une préoccupation majeure : l’appauvrissement génétique de l’espèce, qui menace sa viabilité à long terme.
Une population en pleine expansion
En 2023, pas moins de 83 ours bruns ont été identifiés dans le massif pyrénéen, marquant une progression notable par rapport aux 76 individus recensés en 2022 et aux 70 en 2021. Cette dynamique positive s’explique en grande partie par un taux de natalité soutenu. L’année dernière, 16 oursons sont nés, et 13 d’entre eux ont survécu pour affronter l’hiver, témoignant de la bonne adaptation des mères et de l’environnement.
L’aire de répartition des ours s’étend également, couvrant désormais 7 800 km², contre 7 300 km² l’année précédente. La concentration reste forte dans les Pyrénées centrales, mais on observe une dispersion progressive vers l’ouest (Pyrénées-Atlantiques) et l’est (Aude, Pyrénées-Orientales).
Des pertes inévitables mais préoccupantes
Malgré cette croissance, l’année 2023 a enregistré la mort de 6 ours. La moitié de ces décès ont une origine humaine, qu’il s’agisse de braconnage ou d’accidents (collisions par exemple), soulignant la nécessité de poursuivre les efforts de cohabitation et de protection.
Le défi majeur : l’appauvrissement génétique
Le revers de la médaille de ce succès démographique est un problème d’ordre génétique. La population actuelle descend principalement d’un nombre très limité d’individus fondateurs, notamment d’ours slovènes introduits dans les années 1990 et 2000. Le mâle emblématique « Pyros », introduit en 1997, a eu une descendance si nombreuse qu’il est à l’origine de la plupart des ours actuels, entraînant une consanguinité élevée.
L’introduction du mâle « Goiat » en 2016 devait apporter un sang neuf, mais il n’a pas reproduit autant que l’espéré. Cette faible diversité génétique rend la population plus vulnérable aux maladies, réduit sa capacité d’adaptation aux changements environnementaux et peut affecter sa fertilité à long terme.
Vers de nouvelles introductions pour le renouvellement génétique
Face à cette situation, les experts s’accordent sur l’« indispensable » nécessité de nouvelles introductions. Le gouvernement français, par l’intermédiaire de l’Office Français de la Biodiversité (OFB), prévoit d’introduire un nouvel ours slovène en 2025. Ces introductions de mâles et de femelles sont cruciales pour diversifier le pool génétique et assurer la robustesse de la population à l’avenir.
Cette stratégie, soutenue par les associations de protection de la nature, reste cependant un point de friction avec certains acteurs locaux, notamment des éleveurs et des élus, qui s’inquiètent des conséquences sur les activités pastorales. Le défi est donc double : assurer la viabilité de l’espèce tout en trouvant un équilibre avec les activités humaines dans les Pyrénées.
Le rapport annuel du Réseau Ours Brun, fruit de la collaboration de nombreux acteurs (OFB, ONF, associations comme Férus et Pays de l’Ours-Adet), met en lumière cette dualité : une population d’ours en pleine santé numérique, mais qui nécessite une intervention humaine stratégique pour garantir sa santé génétique.