Il y a 7000 ans, des chasseurs-cueilleurs scandinaves étaient inhumés avec faste et mystère
Une découverte archéologique majeure en Suède, sur le site de Kanaljorden à Motala, révèle les pratiques funéraires étonnamment sophistiquées et parfois macabres de chasseurs-cueilleurs du Mésolithique, il y a environ 7000 ans. Loin de l’image de « sauvages » primitifs, ces hommes et femmes du passé scandinave emballaient leurs défunts dans de somptueuses fourrures et les ornaient de coiffes de plumes, comme l’a mis en lumière une étude publiée dans la revue Antiquity.
Des sépultures surprenantes au cœur d’un ancien lac
C’est sur une plateforme immergée dans un ancien lac que les archéologues ont exhumé une fosse commune abritant les restes d’au moins onze adultes, un nouveau-né et un nourrisson. Mais ce qui a stupéfié les chercheurs, c’est la mise en scène entourant ces inhumations. Les corps n’étaient pas simplement enterrés, mais soigneusement préparés et disposés.
Grâce à des analyses protéomiques poussées sur les fragments de vêtements, les scientifiques ont pu déterminer que les défunts étaient emmitouflés dans de chaudes fourrures provenant de diverses espèces animales : ours, sanglier, martre des pins et castor. Ces peaux n’avaient pas qu’une fonction pratique ; elles conféraient sans doute un statut ou une signification symbolique particulière aux défunts.
Parures de plumes et crânes sur pieux : un monde de rituels
Les ornements n’étaient pas en reste. Des coiffes élaborées, composées notamment de plumes de hibou grand-duc – un oiseau nocturne et majestueux – ainsi que des bois de cerf et des dents d’animaux, accompagnaient les corps. Ces parures suggèrent une profonde connexion avec le monde animal et une richesse symbolique insoupçonnée dans leurs rituels funéraires.
Plus troublant encore, la découverte de dix crânes – appartenant à des adultes et des enfants – qui avaient été fichés sur des pieux en bois. Deux de ces crânes présentaient des traces de coups violents, soulevant des questions sur la violence ou des pratiques rituelles complexes, voire des sacrifices. Ces têtes reposaient sur une plateforme recouverte de pierres et de sédiments lacustres, transformant le lieu en un véritable théâtre macabre et sacré.
Une vision nouvelle des chasseurs-cueilleurs du Mésolithique
Cette étude, menée par Fredrik Hallgren de l’Office national du patrimoine suédois et Laura Van der Sluis de l’Université d’Oxford, change radicalement notre perception des chasseurs-cueilleurs du Mésolithique scandinave. Le site de Kanaljorden ne témoigne pas seulement d’une inhumation, mais d’une véritable mise en scène où les morts étaient intégrés dans un paysage façonné par la nature et l’activité humaine, et où le monde animal tenait une place centrale dans les croyances et les rituels.
Ces découvertes soulignent une complexité sociale et spirituelle bien plus grande qu’on ne l’imaginait pour cette période, révélant des cultures riches en symboles et en pratiques élaborées, où le respect des défunts et leur lien avec le cosmos étaient profondément ancrés.