La Vie Sexuelle des Hommes de Néandertal : Une Nouvelle Étude Bouscule Nos Conceptions
Pendant longtemps, l’histoire de l’interfécondation entre Néandertaliens et Homo sapiens a été envisagée comme un scénario à sens unique : des hommes Homo sapiens s’accouplant avec des femmes de Néandertal. Une nouvelle étude fascinante, menée par des chercheurs de l’Université de Genève, vient jeter un nouveau regard sur cette période préhistorique et ose poser la question : et si les hommes de Néandertal avaient aussi eu des relations avec les femmes Homo sapiens ?
Les preuves génétiques actuelles montrent que la majorité de l’ADN néandertalien retrouvé chez les humains modernes provient principalement des lignées maternelles néandertaliennes (via les hommes Homo sapiens). En revanche, l’ADN mitochondrial (transmis uniquement par la mère) des Néandertaliens est quasiment absent de notre patrimoine génétique, tout comme leur chromosome Y (transmis uniquement par le père). Cela a longtemps suggéré que les rencontres sexuelles fructueuses se produisaient surtout entre hommes Homo sapiens et femmes de Néandertal.
Cependant, l’équipe de Mathias Currat et Laurent Excoffier propose une explication alternative. Grâce à des modèles démographiques complexes, ils démontrent que l’absence de ces marqueurs génétiques ne signifie pas nécessairement que les hommes de Néandertal n’ont pas eu de descendants avec des femmes Homo sapiens.
Leur hypothèse principale repose sur la dynamique des populations. À l’époque, les populations d’Homo sapiens étaient en pleine expansion et beaucoup plus nombreuses que celles des Néandertaliens, qui étaient en déclin. Si une femme Homo sapiens avait un enfant avec un homme de Néandertal, cet enfant et sa lignée seraient très probablement restés au sein du groupe Homo sapiens, et leur contribution génétique aurait été rapidement diluée dans une population plus vaste et en croissance rapide.
De plus, la science évoque la possibilité d’incompatibilités génétiques. Il est possible que le chromosome Y et l’ADN mitochondrial des Néandertaliens aient porté des gènes incompatibles avec le patrimoine génétique des Homo sapiens, entraînant une fertilité réduite ou des problèmes de santé chez les descendants sur plusieurs générations, contribuant ainsi à leur disparition progressive du pool génétique humain moderne.
Cette étude passionnante remet en question l’idée reçue d’une interfécondation unidirectionnelle. Elle suggère que les relations sexuelles entre hommes de Néandertal et femmes Homo sapiens auraient pu être plus fréquentes qu’on ne le pensait, mais que les traces génétiques de ces unions ont été effacées par des facteurs démographiques et de potentielles incompatibilités génétiques. Nos ancêtres néandertaliens pourraient avoir eu une vie sexuelle plus variée et complexe que ce que nos gènes modernes nous laissaient croire !