Les Phéniciens : D’où venait l’argent de ces maîtres commerçants de l’Antiquité ?
Les Phéniciens, ces marins et commerçants hors pair de l’Antiquité, sont souvent célébrés pour leur pourpre luxueuse, leurs avancées en matière d’écriture ou encore leurs réseaux commerciaux s’étendant à travers toute la Méditerranée. Mais d’où provenaient les vastes quantités d’argent qui alimentaient leur prospérité et leur commerce avec les empires d’Orient, notamment l’Assyrie et l’Égypte ? Une récente étude lève le voile sur ce mystère fascinant.
La Péninsule Ibérique, véritable eldorado antique
Oubliez l’Orient ! Le secret de la richesse argentifère des Phéniciens ne se trouvait pas dans les mines d’Anatolie ou du Levant, mais bien à l’extrémité occidentale de la Méditerranée : la Péninsule Ibérique. C’est en particulier la civilisation Tartessienne, établie dans l’actuelle Andalousie, autour de la vallée du Guadalquivir, qui fut la principale source de ce métal précieux.
Le Dr. Vítor Figueiredo, de l’université de Gênes, et son équipe ont mené une analyse pointue des isotopes de plomb sur des artefacts en argent phéniciens et proche-orientaux. Leurs résultats sont sans appel : l’argent de bijoux, de lingots et d’autres objets provenant de sites phéniciens, comme Tell Dor en Israël, correspondait chimiquement à celui extrait des mines du sud-ouest de l’Ibérie.
Un échange mutuellement bénéfique
Cette relation commerciale entre Phéniciens et Tartessiens, florissante entre le VIIIe et le VIe siècle avant J.-C., était loin d’être à sens unique. Si les Phéniciens obtenaient l’argent vital pour leurs transactions internationales et l’entretien de leurs flottes, les Tartessiens en tiraient également d’immenses bénéfices :
- Des produits manufacturés de haute qualité venus d’Orient.
- De nouvelles technologies, comme le tour de potier.
- Un savoir-faire minier et métallurgique avancé, optimisant l’extraction et le traitement des minerais.
- Un prestige social accru pour leurs élites, qui arboraient des objets exotiques.
Les Phéniciens établirent des comptoirs commerciaux clés, dont le plus célèbre est Gadir (l’actuelle Cadix), qui servait de porte d’entrée pour le précieux minerai acheminé depuis l’intérieur des terres ibériques, le long du Guadalquivir.
La fin d’une ère et le legs d’un commerce
Ce commerce florissant commença à décliner à partir du VIe siècle avant J.-C., notamment avec la chute progressive de la civilisation Tartessienne et l’émergence d’une nouvelle puissance maritime : Carthage, qui allait peu à peu prendre le relais des Phéniciens dans le contrôle des routes commerciales occidentales.
Cette étude met en lumière l’extraordinaire dynamisme économique des Phéniciens et leur capacité à tisser des réseaux commerciaux complexes sur des milliers de kilomètres. Elle nous rappelle que l’histoire est une toile interconnectée, où la fortune d’un empire pouvait dépendre des ressources d’une civilisation lointaine, ouvrant la voie à des échanges culturels et technologiques qui ont façonné le monde antique.