Les Bois des Rennes Femelles : Une Stratégie de Survie Unique en Arctique
Le renne est un cervidé à part : c’est la seule espèce où les femelles portent également des bois. Alors que les mâles les arborent pour dominer durant le rut, les femelles les conservent bien plus longtemps, parfois jusqu’au printemps. Ce trait singulier a longtemps intrigué les scientifiques, qui commencent à en percer les mystères.
Jusqu’à présent, l’hypothèse la plus répandue était que ces bois servaient aux femelles à accéder aux ressources alimentaires vitales, notamment le lichen enfoui sous la neige, durant les rudes hivers arctiques. Une étude récente, menée par Sophie van der Wardt et son équipe et publiée dans la revue Biology Letters, vient confirmer et approfondir cette théorie, désignant la compétition intraspécifique comme le moteur principal de cette adaptation.
Les recherches, menées sur des rennes semi-domestiqués dans le nord de la Finlande, ont mis en lumière un avantage clair pour les femelles munies de bois. Elles se sont révélées plus dominantes que celles sans bois, leur permettant ainsi de monopoliser les parcelles de nourriture les plus riches en lichen. Elles pouvaient se nourrir plus longtemps, passant moins de temps à surveiller leur environnement, un luxe précieux dans ces conditions extrêmes.
Cette dominance est d’une importance capitale, en particulier pour les femelles gestantes. Obtenir suffisamment de nutriments en fin de gestation est essentiel pour leur propre survie et pour le bon développement de leur futur faon. Les bois agissent comme un outil stratégique, assurant un accès privilégié aux ressources, ce qui compense largement l’énergie dépensée pour les faire pousser et les porter.
Contrairement aux mâles qui perdent leurs bois peu après la période de reproduction, vidés de leur énergie, les femelles conservent les leurs pour une raison vitale : survivre et assurer leur reproduction dans un environnement parmi les plus hostiles de la planète. Les bois des rennes femelles ne sont donc pas un simple ornement, mais une adaptation évolutive brillante, essentielle à leur survie dans le grand nord.