L’Adieu Choisi : Quand l’aide à mourir au Canada rime avec célébration de vie
Au Canada, l’aide médicale à mourir (AMM) n’est plus seulement une option pour mettre fin à des souffrances insupportables ; elle est devenue pour beaucoup une occasion unique de réaffirmer son autonomie et de célébrer la vie avant un départ choisi. Une tendance émouvante émerge : celle de combiner le choix de sa fin avec des moments de célébration et d’adieu significatifs.
Un dernier acte d’autonomie : le « party de départ »
L’histoire de Jean-Louis L’Espérance, 68 ans, est emblématique de cette nouvelle approche. Atteint d’un cancer du foie, il a organisé un « party de départ » mémorable, entouré de ses proches, avant son aide médicale à mourir. Ces célébrations, loin d’être morbides, sont des manifestations de joie, d’amour et de gratitude. Elles permettent aux individus de prendre congé à leurs propres conditions, de gérer leur héritage émotionnel et de dire adieu de manière positive et contrôlée.
L’Évolution de l’Aide Médicale à Mourir au Canada
L’AMM est légale au Canada depuis 2016. Initialement réservée aux adultes dont la mort naturelle était raisonnablement prévisible, la législation a évolué :
- En 2021, elle a été étendue aux personnes souffrant de conditions graves et incurables dont la mort n’est pas immédiatement attendue.
- Une extension aux personnes dont la seule condition sous-jacente est une maladie mentale, prévue pour mars 2024, a été reportée pour permettre une réflexion et une préparation supplémentaires.
Depuis sa légalisation, plus de 45 000 Canadiens ont eu recours à l’AMM, avec une augmentation notable de 18% en 2022, témoignant d’une acceptation croissante et d’une demande soutenue pour cette option.
Plus qu’une fin : une libération et une célébration
Pour de nombreux bénéficiaires, la décision de recourir à l’AMM apporte un profond sentiment de paix et de libération. Savoir que l’on a le contrôle sur la fin de sa vie permet parfois de vivre les derniers jours, semaines ou mois avec une intensité renouvelée. « Je suis libérée », a confié Anne, une bénéficiaire de l’AMM, illustrant ce sentiment d’apaisement.
Le Dr Susan MacDonald, oncologue et spécialiste en soins palliatifs, observe que le simple fait d’avoir la possibilité de choisir sa fin peut enlever une immense charge mentale aux patients, leur permettant de profiter pleinement du temps restant et de planifier un « dénouement heureux », même face à la maladie.
Un regard humain sur la fin de vie
Cette approche canadienne de l’AMM, qui intègre la célébration de la vie et le départ choisi, ne cherche pas à glorifier la mort, mais plutôt à humaniser la fin de vie. Elle souligne l’importance de l’autonomie individuelle, de la dignité et du soutien des proches dans les moments les plus difficiles. Elle offre une perspective où la fin n’est pas seulement une disparition, mais un dernier chapitre écrit avec amour, sens et contrôle.