Adieu Soyouz à Kourou : La Page Russe se Tourne en Guyane
Une page majeure de l’histoire spatiale européenne et russe est en train de se tourner en Guyane. Les lanceurs Soyouz présents sur le port spatial européen de Kourou, symboles d’une collaboration qui aura duré plus d’une décennie, sont actuellement en cours de démantèlement. Cette opération marque la fin définitive de la présence et des opérations russes sur le site, une conséquence directe du conflit en Ukraine et de la décision de Roscosmos de suspendre sa coopération avec l’Agence spatiale européenne (ESA) et Arianespace.
Une Opération Complexe et Coûteuse
Le processus de démantèlement concerne deux lanceurs Soyouz. L’un était partiellement assemblé, tandis que l’autre n’avait pas encore été monté. L’opération est d’une grande complexité technique et représente un coût significatif, estimé à plusieurs millions d’euros. La principale difficulté réside dans la manipulation des ergols, notamment l’hydrazine, un carburant hautement toxique et corrosif utilisé pour les moteurs du troisième étage. Des équipes spécialisées d’ArianeGroup, sous la supervision du CNES et de l’ESA, sont mobilisées pour garantir la sécurité et la conformité environnementale du processus.
Les procédures sont méticuleuses : les réservoirs sont purgés, les composants potentiellement dangereux sont neutralisés, et toutes les pièces sont ensuite conditionnées pour leur transport et leur recyclage ou destruction appropriée. L’objectif est de rendre le site vierge de toute substance dangereuse et prêt pour de futures utilisations.
Un Impact Économique et Stratégique pour Kourou et l’Europe
L’arrêt des lancements Soyouz depuis Kourou représente un coup dur pour l’économie locale. Les missions russes généraient des emplois directs et indirects, ainsi que des retombées économiques substantielles pour la Guyane. C’est également un changement stratégique pour l’Europe, qui doit désormais renforcer son autonomie en matière de lanceurs spatiaux.
Le pas de tir Soyouz, inauguré en 2011, aura vu décoller 27 missions réussies, transportant vers l’espace des satellites Galileo, des missions scientifiques majeures et des charges utiles commerciales. Ce site, désormais vide de ses fusées russes, est envisagé pour une reconversion, potentiellement pour des lanceurs plus petits ou pour servir de support à la future Ariane 6, une fois que celle-ci sera pleinement opérationnelle.
Vers un Nouvel Avenir Spatial Européen
Le démantèlement des Soyouz à Kourou est plus qu’une simple opération logistique ; il symbolise une rupture géopolitique et marque le début d’une nouvelle ère pour l’accès européen à l’espace. Tandis que l’Europe cherche à consolider ses propres capacités de lancement avec Ariane 6 et Vega C, cette page tournée avec la Russie pousse à repenser l’avenir des partenariats internationaux et l’indépendance spatiale du continent.
L’adieu au Soyouz à Kourou est un rappel tangible des implications terrestres des tensions internationales, même dans le domaine réputé apolitique de l’espace. L’Europe doit maintenant accélérer pour assurer sa place et sa souveraineté dans la course spatiale mondiale.