De quel bois sont (vraiment) faits les violons Stradivarius ? Une étude dément le mythe
Le secret de la sonorité légendaire des violons Stradivarius a longtemps été attribué à une singularité climatique : le « Petit Âge Glaciaire » (1645-1715). Cette période de froid intense aurait ralenti la croissance des arbres, produisant un bois d’une densité et d’une homogénéité parfaites pour la lutherie. Une explication séduisante, mais que des recherches récentes viennent contredire, du moins pour le maître de Crémone.
Le mythe du « Petit Âge Glaciaire » en question
La théorie du Petit Âge Glaciaire reposait sur l’idée que le bois d’épicéa et d’érable, principaux matériaux des violons, aurait bénéficié de cernes de croissance très serrés et réguliers. Cette structure micro-cellulaire unique aurait conféré aux instruments une résonance et une puissance acoustique sans égales. Antonio Stradivari, ayant vécu de 1644 à 1737, semblait parfaitement s’inscrire dans cette ère climatique.
La dendrochronologie révèle un autre secret
Cependant, une étude menée par des chercheurs de l’Université du Tennessee, utilisant la dendrochronologie (datation par les anneaux des arbres), a analysé précisément l’âge du bois de plusieurs violons Stradivarius. Les résultats sont édifiants :
- L’épicéa (utilisé pour les tables d’harmonie) a été récolté entre 1620 et 1670.
- L’érable (pour le fond, les éclisses et le manche) a été coupé entre 1580 et 1660.
Ces dates indiquent que Stradivari a utilisé du bois bien plus ancien que ce que la théorie précédente suggérait. Le bois qu’il a travaillé avait déjà plusieurs décennies, voire un siècle, lorsqu’il a été transformé en instrument. Il n’a donc pas directement bénéficié de la croissance des arbres pendant les périodes les plus froides du Petit Âge Glaciaire, qui ont culminé plus tard.
Un bois exceptionnellement vieilli, non exceptionnellement « glacé »
Cette découverte majeure ne diminue en rien la qualité des Stradivarius, mais elle réoriente la recherche de leur secret. Il semble que la clé ne réside pas tant dans des arbres ayant poussé durant un hiver rigoureux, mais plutôt dans la capacité de Stradivari à sélectionner et à employer un bois exceptionnellement bien vieilli et assaisonné. Cette maturation longue aurait pu lui conférer des propriétés acoustiques remarquables, indépendamment de sa période de croissance.
Si la théorie du Petit Âge Glaciaire pourrait encore s’appliquer à d’autres luthiers italiens comme Guarneri, qui a travaillé plus tardivement, elle ne tient plus pour Antonio Stradivari. Le génie du luthier, la géométrie parfaite de ses instruments et la composition de ses vernis restent des pistes fondamentales pour percer le mystère de ces chefs-d’œuvre sonores.