Les Polluants Éternels : Une Facture Salée pour l’Europe
Les substances per- et polyfluoroalkylées, plus connues sous l’acronyme PFAS ou « polluants éternels », représentent une menace grandissante pour la santé humaine et l’environnement. Mais au-delà de leur impact écologique et sanitaire, une nouvelle étude met en lumière un coût économique faramineux pour l’Europe si l’inaction persiste.
Qu’est-ce que les PFAS et pourquoi sont-ils « éternels » ?
Les PFAS sont une famille de près de 12 000 produits chimiques synthétiques. Leur particularité ? Ils sont extrêmement résistants à la chaleur, à l’eau et aux graisses, des propriétés qui les rendent idéaux pour une multitude d’applications industrielles et de produits de consommation courante. On les retrouve dans les poêles antiadhésives, les vêtements imperméables, les cosmétiques, les emballages alimentaires, les mousses anti-incendie, et bien d’autres.
Leur surnom de « polluants éternels » vient de leur structure moléculaire stable, qui les empêche de se décomposer naturellement dans l’environnement. Une fois libérés, ils restent présents pendant des centaines, voire des milliers d’années, contaminant sols, eaux et même l’air.
Un coût astronomique pour la santé et l’environnement
Une étude récente menée par Nordregio et le Baltic Sea Action Group, commandée par le Conseil nordique des ministres, révèle l’ampleur du désastre financier. Le coût annuel de l’inaction face aux PFAS en Europe est estimé entre 2,8 milliards et 17,1 milliards d’euros. Ce coût est principalement imputable aux dépenses de santé liées aux maladies provoquées par les PFAS (cancers, maladies thyroïdiennes, problèmes de fertilité, troubles du développement) et aux coûts de dépollution des sites contaminés.
Le rapport souligne que le coût de la prévention ou de la régulation serait bien inférieur à celui de la gestion des conséquences. En d’autres termes, attendre coûte bien plus cher qu’agir maintenant.
Des risques sanitaires avérés
Les PFAS sont des perturbateurs endocriniens reconnus et sont associés à une longue liste de problèmes de santé. Parmi eux :
- Certains types de cancers (rein, testicules)
- Maladies thyroïdiennes
- Troubles de la fertilité et de la reproduction
- Retards de développement chez les enfants
- Augmentation du taux de cholestérol
- Affaiblissement du système immunitaire
Leur omniprésence fait qu’on les retrouve dans le sang de la quasi-totalité de la population européenne, soulignant l’urgence d’une action globale.
Vers une interdiction européenne ?
Face à cette menace, cinq pays européens (Allemagne, Pays-Bas, Danemark, Suède, Norvège) ont proposé une interdiction générale d’environ 10 000 PFAS, actuellement examinée par l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA). Si certains PFAS sont déjà réglementés (comme le PFOS et le PFOA via la Convention de Stockholm), la majorité reste en circulation.
Cependant, cette proposition rencontre une forte opposition de la part de certains lobbies industriels qui craignent un impact négatif sur l’innovation et des secteurs clés. Les défenseurs de l’environnement et les scientifiques, eux, plaident pour une approche préventive et l’application du principe « pollueur-payeur », estimant qu’une interdiction large est la seule voie viable pour protéger durablement la santé publique et l’environnement.
L’urgence d’agir
L’étude confirme ce que de nombreux experts craignaient : la pollution par les PFAS n’est pas seulement une catastrophe écologique et sanitaire, c’est aussi un désastre économique imminent. L’Europe se trouve à un carrefour : soit elle continue de payer le prix fort de la contamination, soit elle prend des mesures courageuses et ambitieuses pour éradiquer ces polluants éternels de notre quotidien et de notre environnement.