La Syphilis Hantait Déjà l’Europe Il Y A 5 500 Ans : Une Révélation Qui Bouscule les Théories
Imaginez que l’une des maladies sexuellement transmissibles les plus connues, la syphilis, ait une histoire bien plus ancienne et complexe que ce que l’on pensait. C’est la stupéfiante découverte faite par une équipe de paléopathologistes en France, qui révèle que les maladies tréponémiques affectaient déjà les chasseurs-cueilleurs européens il y a 5 500 ans, bousculant ainsi nos connaissances sur l’origine de cette affection.
Le Passé Révélé par un Squelette Ancien
Jusqu’à présent, la théorie dominante voulait que la syphilis soit arrivée en Europe après les voyages de Christophe Colomb, ramenée des Amériques. Mais des fouilles menées sur la nécropole de Gurgy « Les Dauphins » en Indre-et-Loire ont offert un indice crucial. C’est là que les chercheurs, menés par Mélanie Villotte du CNRS et de l’Université de Bordeaux, ont examiné les restes d’un chasseur-cueilleur masculin, daté de 5 500 ans avant notre ère.
Des Squelettes Qui Racontent une Maladie Chronique
L’étude du squelette de cet individu, âgé de 50 à 60 ans au moment de son décès, a révélé des lésions osseuses très spécifiques. Son crâne présentait des signes de « caries sicca », une forme de destruction osseuse caractéristique des phases tertiaires de la syphilis. Des marques similaires ont été observées sur ses tibias, indiquant une périostite chronique, autre symptôme des infections tréponémiques. Ces preuves morphologiques, appuyées par des scanners micro-tomographiques, sont sans équivoque pour les paléopathologistes.
Remise en Question des Origines de la Syphilis
Cette découverte est majeure car elle anticipe de plusieurs millénaires la présence documentée de maladies tréponémiques en Europe. Elle suggère que ces infections n’étaient pas une nouveauté importée du Nouveau Monde, mais qu’elles étaient endémiques sur le continent bien avant. Bien qu’il soit difficile de déterminer s’il s’agissait spécifiquement de la syphilis vénérienne (Treponema pallidum pallidum) ou d’une autre forme comme le pian ou le béjel (également causées par des tréponèmes), la complexité des lésions observées évoque une forme chronique et évoluée.
Quelles Implications pour Notre Compréhension ?
Cette étude ouvre de nouvelles perspectives sur la santé des populations préhistoriques et sur l’évolution des agents pathogènes. Elle montre que même les chasseurs-cueilleurs, malgré leur mode de vie mobile, n’étaient pas épargnés par des maladies chroniques potentiellement invalidantes. Le cas de cet homme de Gurgy est le plus ancien et le mieux documenté à ce jour en Europe, et il nous invite à reconsidérer l’histoire millénaire des maladies qui ont façonné l’humanité.
La recherche continue pour élucider les origines exactes et la dynamique de ces maladies tréponémiques, mais une chose est sûre : l’histoire de la syphilis est bien plus longue et fascinante que nous ne l’avions imaginée.