La Domestication : Une Histoire Bien Plus Récente Qu’On Ne le Pense !
Quand on évoque la domestication, on imagine souvent des scènes ancestrales, des hommes du Néolithique apprivoisant loups et aurochs. Pourtant, une étude récente vient bousculer cette perception commune : la majorité des espèces animales et végétales que nous avons domestiquées l’ont été… au cours du dernier siècle seulement !
Le Mythe de la Domestication Antique
Loin d’être un phénomène figé dans les annales de l’histoire humaine, la domestication est un processus dynamique et, étonnamment, très actuel. C’est ce que révèle une vaste étude publiée dans les Proceedings of the National Academy of Sciences, qui a passé au crible 866 espèces animales et 209 espèces végétales. Contrairement à l’idée reçue, la domestication n’est pas principalement l’œuvre de nos lointains ancêtres.
Une Chronologie Surprenante
Bien sûr, la période néolithique (il y a environ 10 000 ans) a vu l’émergence de nos compagnons les plus emblématiques : le chien, le porc, le bœuf, la chèvre, le mouton, le cheval, la poule et le chat. L’Antiquité gréco-romaine a ajouté quelques espèces comme le lapin, le pigeon, le furet ou la carpe. Mais après cela, le rythme a considérablement ralenti pendant des millénaires. L’explosion que nous connaissons aujourd’hui est un phénomène du XXe siècle, et plus particulièrement des décennies post-1960.
L’Aquaculture : Moteur de la Domestication Moderne
Ce sont principalement les animaux aquatiques qui ont alimenté cette vague récente. La pisciculture et la conchyliculture ont connu un essor fulgurant. Des espèces comme le saumon, le turbot, la dorade, le cabillaud, la sole, l’esturgeon ou le tilapia, ainsi que de nombreux crustacés (crevettes) et mollusques (ormeau, coquilles Saint-Jacques), sont désormais élevées en masse. Ces espèces, quasi-inconnues de l’élevage il y a 60 ans, représentent aujourd’hui une part colossale de notre consommation de protéines.
Pourquoi cette Accélération ?
Plusieurs facteurs expliquent cette accélération sans précédent :
- Croissance démographique et demande en protéines : La population mondiale a explosé, nécessitant des sources de nourriture plus efficaces.
- Avancées technologiques : Les progrès en génétique, en techniques d’élevage et d’aquaculture ont rendu possible la domestication d’espèces auparavant jugées inaptes.
- Coût-efficacité : L’élevage est devenu plus rentable et prévisible que la chasse ou la pêche sauvage.
Conséquences et Enjeux
Cette domestication à grande échelle n’est pas sans impact. Elle soulève des questions écologiques (évasions d’espèces, pollution), éthiques (bien-être animal dans les élevages intensifs) et génétiques (réduction de la diversité des populations). La domestication, loin d’être un chapitre clôturé, est un processus en pleine mutation, avec l’émergence de nouvelles « semi-domestications », y compris chez les insectes utilisés pour la lutte biologique.
Conclusion
L’étude nous rappelle que la domestication est une force évolutive continue, modelée par les besoins humains et les avancées technologiques. Comprendre son rythme actuel est essentiel pour anticiper les défis environnementaux, sociaux et éthiques qu’elle pose pour l’avenir de notre planète.