Toumaï : La Bipédie de Notre Plus Vieil Ancêtre Potentiel Relancée par une Nouvelle Étude !
Le nom de Toumaï, ou Sahelanthropus tchadensis, résonne depuis plus de vingt ans dans les couloirs de la paléoanthropologie. Découvert au Tchad en 2001 par l’équipe de Michel Brunet, ce fossile vieux de 7 millions d’années est notre plus ancien ancêtre potentiel. Mais la question cruciale, et source d’un débat féroce, est la suivante : Toumaï marchait-il sur deux pattes ? Une nouvelle étude, publiée dans la revue Nature, vient de jeter un pavé dans la mare, renforçant l’hypothèse de sa bipédie.
Les Nouvelles Preuves de la Bipédie
L’équipe de la Mission Paléoanthropologique Franco-Tchadienne (MPFT), menée par Franck Guy et Guillaume Daver, a publié ses conclusions sur l’analyse de trois os clés, découverts en même temps que le crâne de Toumaï mais non étudiés en détail jusqu’à présent : un fémur (MF-AL 1) et deux cubitus (MF-AL 2 et MF-AL 2A). Grâce à une modélisation 3D haute résolution et des comparaisons avec des hominidés actuels (humains, chimpanzés, gorilles) et fossiles, les chercheurs ont pu examiner en détail la structure interne et externe de ces vestiges.
Un Fémur Révélateur
L’étude du fémur est particulièrement éloquente. Elle révèle des caractéristiques étonnamment compatibles avec la bipédie habituelle. Par exemple, la répartition de la densité de l’os cortical (la couche externe de l’os) correspond à celle observée chez les marcheurs bipèdes, supportant les contraintes liées à la marche droite. La forme du fémur, son col et l’emplacement de l’insertion de muscles spécifiques, comme l’obturateur externe, suggèrent également une posture dressée et une marche stable sur deux jambes.
Des Cubitus Compatibles avec la Grimpée
Quant aux cubitus, ils indiquent une forte capacité à grimper aux arbres, avec des articulations du coude suggérant une locomotion quadrupède arboricole. Loin d’être contradictoires, ces modes de locomotion seraient complémentaires. L’étude conclut donc que Toumaï pratiquait une « bipédie habituelle » au sol, tout en conservant d’excellentes aptitudes à la grimpe dans les arbres pour se nourrir ou se protéger. Il aurait été un opportuniste, alternant selon les besoins entre la terre ferme et les arbres.
Un Débat Loin d’être Clos
Bien sûr, le débat ne s’arrête pas là. Une équipe concurrente, comprenant des chercheurs comme Roberto Macchiarelli, conteste depuis longtemps l’interprétation du fémur, suggérant qu’il pourrait appartenir à un singe quadrupède, voire à un autre hominine. Ils remettent également en question la méthodologie et l’accès aux données brutes de l’équipe française. Pour eux, les preuves de la bipédie de Toumaï restent insuffisantes.
Pourquoi Toumaï Est-il Si Important ?
Si Toumaï était bien bipède, cela repousserait l’origine de la marche sur deux jambes à 7 millions d’années, soit très proche de la divergence entre les lignées humaines et celles des chimpanzés. Cela aurait des implications majeures sur notre compréhension des premières étapes de l’évolution humaine et des pressions environnementales qui ont pu favoriser cette transition cruciale. Comprendre les débuts de la bipédie nous aide à reconstituer le puzzle de l’émergence de notre propre lignée.
L’Avenir de la Recherche
Cette nouvelle étude, en apportant des preuves supplémentaires et détaillées, relance de manière spectaculaire le dossier Toumaï. Le mystère de notre plus vieil ancêtre et de ses premiers pas est loin d’être entièrement élucidé, mais une chose est sûre : Toumaï continue de faire parler de lui et de passionner la communauté scientifique. Le débat est plus vivant que jamais et de futures découvertes ou réanalyses pourraient encore bouleverser nos certitudes.