Quand l’Herpès s’Invite Définitivement dans Notre ADN : Une Révélation de l’Histoire Ancienne
Imaginez un instant : un virus qui, au lieu de juste nous infecter, décide de faire de notre propre génome sa maison, pour des milliers d’années. C’est la fascinante découverte mise en lumière par une étude internationale, révélant que le virus de l’herpès humain (HHV-6A), une souche proche de la roséole, a intégré l’ADN de certains de nos ancêtres il y a environ 2500 ans. Cette intégration n’est pas une simple infection passagère, mais une incorporation permanente, transmissible de génération en génération.
Une Enquête Archéologique au Cœur du Génome
Des chercheurs des universités de Cambridge et Copenhague, ainsi que de l’Institut Pasteur, ont mené cette enquête génétique en analysant l’ADN de 1520 squelettes humains anciens provenant de sites archéologiques. Leur objectif était de repérer des séquences virales intégrées dans les génomes de ces individus disparus depuis des millénaires. Les résultats, publiés dans Science Advances, ont montré que des fragments d’ADN du HHV-6A étaient bien présents, prouvant une intégration bien plus ancienne qu’on ne le pensait.
HHV-6A et HHV-6B : Deux Destins Temporels
Il existe deux principales souches de ce virus : HHV-6A et HHV-6B. Si le HHV-6A a fusionné avec notre génome il y a environ 2500 ans, le HHV-6B, plus couramment associé à la roséole infantile et affectant environ 90% des enfants de moins de deux ans, semble avoir opéré cette intégration plus récemment. Ces intégrations se sont produites à différentes périodes de l’histoire humaine, offrant un aperçu unique de notre co-évolution avec les virus.
Un Impact Inattendu sur notre Évolution
Cette découverte est loin d’être anecdotique. Environ 1% de la population mondiale porte aujourd’hui une copie intégrée du HHV-6A ou HHV-6B dans son génome, transmise de manière mendélienne, c’est-à-dire comme n’importe quel autre gène hérité. Pour la première fois, nous avons une estimation précise du moment où ce type d’intégration a eu lieu, ce qui change notre compréhension de l’évolution des relations hôte-pathogène.
Ces séquences virales intégrées, appelées éléments viraux endogènes, ne sont pas toujours inactives. Elles peuvent influencer divers aspects de notre biologie, potentiellement jouer un rôle dans des maladies ou même conférer des avantages évolutifs, bien que ces effets soient encore à l’étude. Cette étude nous rappelle à quel point notre génome est une véritable archive, témoignant des rencontres inattendues et des alliances improbables formées au fil des millénaires avec le monde microscopique.
Le passé nous parle à travers notre ADN, et chaque nouvelle découverte comme celle-ci éclaire un peu plus l’histoire complexe et fascinante de ce qui fait de nous des êtres humains.
Source de l’article : Sciences et Avenir.